Les communes de Villargondran

et Saint-Jean-de-Maurienne commémorent leur libération

Le 2 septembre 1944, la capitale mauriennaise était libérée après de longs mois d'occupation par l'armée allemande. 75 ans après, les Saint-jeannais étaient nombreux pour commémorer cette date importante de l'histoire de leur ville.

Saint-Jean-de-Maurienne et Villargondran célèbrent chaque année en commun la libération des deux communes. La commémoration a donc débuté devant la stèle des Curiets à Villargondran. M Philippe Rossi, Maire de Villargondran, évoqua l’historique de cette Libération. En présence de Pierre Gaden, président du Comité du Souvenir Français de Porte de Maurienne et de la Délégation Générale du Souvenir Français de Savoie : Henri Gottero et Jean-Yves Sardella, Délégués Généraux Adjoints, Edith Sardella, Trésorière et Arlette Routin, Secrétaire représentant Frédéric Mareschal, Délégué Général.

Un dépôt de gerbes fut réalisé.

Les participants ont ensuite rallié Saint-Jean-de-Maurienne pour une cérémonie devant le monument aux morts. Pierre-Marie Charvoz, Maire de la ville, a rendu un hommage appuyé aux combattants, aux civils, aux déportés et aux résistants. Il a insisté sur la nécessité de se souvenir, mais en tournant les regards vers la construction de l'avenir.

Michael Mathaux, sous-préfet de Maurienne a ensuite pris la parole, Etaient aussi présents Mme Emilie Bonnivard députée de la Savoie, Mr Michel Bouvard ainsi que de nombreux maires du canton et d’associations patriotiques ainsi que trois anciens résistants Renée Portier, Elysée Didier et Paul Giumelli.

Plusieurs ensemble musicaux et chorales (notamment la Lyre Mauriennaise et la chorale Nicolas Martin) ont contribué à la réussite de la commémoration.

HISTORIQUE

Août 1944

L'occupant veut se maintenir en Maurienne vallée maudite, hantée par les « maquisards » pour garder le lien avec l'Italie du Nord. Des formations d’élite, empruntées aux SS de la 90ème Panzer rattachées à l’Afrika Korps du Maréchal Rommel sont justement dépêchées d'Italie. De furieux combats se déroulent dans la vallée entre les soldats allemands et les F.T.P (Francs-Tireurs et Partisans Français).

Le 23 Août 1944

Dans l’après-midi, les habitants de Villargondran voient s’embraser en quelques minutes, en face d’eux, le village de Villarclément. Le soir, vers dix-neuf heures trente, ce sera leur tour. L’abbé Rechu, ancien prisonnier du sinistre camp de Rawa Ruska, implore la clémence des soldats allemands et se propose comme otage. En vain. Alimentées par le foin entassé dans les granges, les flammes gagnent rapidement. Au bout d’une demi-heure, le chef-lieu et les Anciennes Resses ne sont plus qu’un immense brasier. Ramassant à la hâte leur argent, quelque objets et vêtements, les habitants de Villargondran (hommes, femmes et enfants) s’enfuient dans la nuit qui commence à tomber et se réfugient dans la forêt, aux Villards ou à Albiez le Jeune.

Le 24 Août 1944

Dès l’aube, les gens reviennent à leur maison, les uns pour constater que le feu l’a épargnée, d’autres pour pleurer près des ruines de ce qui fut leur foyer. Des foyers d’incendie persisteront encore plusieurs jours. 40 foyers sont sinistrés totalement au chef-lieu. Dix-huit propriétaires d’Albiez ont perdu leur cellier. Plus de la moitié du village a été anéantie. Au Reisses, 26 foyers sont anéantis, auxquels viendront s’ajouter les huit autres foyers brûlés le 2 Septembre. Deux propriétaires d’Albanne ont perdu leur cellier. Au total 250 personnes sans abri et sans ressources. Les sinistrés trouvèrent leur premier secours chez leurs voisins épargnés. Une soupe populaire est installée aux Villards et chacun attend dans l’anxiété la fin du cauchemar. Les occupants en retraite, pour décharger leur voiture trop pleine, avaient abandonné des sacs de farine le long de la route. Ces balles de farine furent récupérées, et le boulanger en fit du pain pour nos sinistrés.

Le 29 Août 1944

La deuxième compagnie de l’Armée Secrète, renforcée de quelques éléments de la compagnie «Stéphane»*, arrive de l’Isère par les cols du Glandon et de la Croix de Fer et, attaque à partir des Villards et du chef-lieu. Un jeune maquisard est tué. Le lendemain soir, un déserteur de l’armée allemande, qui a rejoint les troupes de la résistance, s’installe avec son fusil mitrailleur dans l’ancien cimetière, au pied du clocher. Il tirera toute la nuit, et sera tué à l’aube par des obus allemands qui endommageront gravement le clocher et l’église. Plus de deux cents coups de canon seront tirés par cette batterie ennemie des Plans sur cette compagnie dans la forêt de Villargondran et dans la gorge du Rieu.

Le 1er Septembre 1944

Un conseil de guerre se tient au Villard, avec le lieutenant Bernardy, dit Michel, commandant la 2ème Cie d’A.S. de St Jean, et ses adjoints, les lieutenants Barriai et Jacob, l’adjudant Truchet, et le capitaine Stéphane accouru en renfort avec son bataillon du Grésivaudan. C’est lui qui va bousculer les conseils de prudence que dictaient au lieutenant Bernardy et au Capitaine Gerlotto la férocité de l’adversaire et la peur de représailles sur les villages voisins qui avaient déjà tant souffert.

Ordre est donné d’évacuer Villargondran. A la nuit tombante, sur tous les sentiers, divers groupes guidés par les jeunes du pays, s'en vont occuper leurs positions, 250 hommes bien armés, depuis le Replat jusqu’aux ruines du Château de la Garde. Les sections Barriai et Jacob gardent la Route Nationale. Les sections Stéphane occupent l’arête du Château de la Garde et les environs. D’autres groupes sont éparpillés à travers les vignes. Et la Maison Blanche deviendra un poste de secours.

Le 2 Septembre 1944 à 6 heures

Un coup de revolver donne le signal d’ouvrir le feu. La bataille commence, et la riposte allemande ne se fait pas attendre. Des pièces de 150 et 77, des mortiers, sont mis en position vers les fermes Tétaz et derrière le passage à niveau. L’un des premiers obus est pour le clocher. La détonation fit tinter les cloches, mais seul, un pan de mur fut endommagé. Plus de 200 coups furent tirés sur Villargondran, à travers la forêt, même jusqu’à Albiez. Vers midi, une section du capitaine Stéphane, après avoir été copieusement arrosée d’obus, doit se replier vers le Goléron. Le bruit se répand que les Allemands montent vers Villargondran. Un sauve-qui-peut général se déclenche vers Albiez. Les Reisses d’En-bas flambent. Les allemands y ont mis le feu avec leurs balles incendiaires. A quelques heures de la libération, 9 nouveaux foyers viennent s’ajouter à la liste déjà longue des sinistrés.

Vers cinq heures, sonnent les cloches de St Jean, puis celles de Fontcouverte. C'est la libération ! Deux FFI l'ont payé de leur vie.

*La compagnie Stéphane

« Stéphane » était le nom de résistant du capitaine Étienne Poitau. Né en 1919, amoureux de la montagne, il choisit le 159ème RIA de Briançon après sa formation à St Cyr. A 21 ans, le 2 juin 1940 dans la Somme, il prend la tête d'une compagnie qui vient de perdre son capitaine. Après la défaite, il fonde une "compagnie franche" dans le Dauphiné. A son actif 69 actions de guerre entre juin et août 1944. La compagnie ne comptera que 12 tués sur 136 hommes. C'est cette formation qui sera le noyau du 15ème BCA reconstitué. Le capitaine Poitau sera tué le 4 avril 1952 au cours d'une embuscade dans le Nord du Vietnam.

Sources : Mairie de Villargondran/Bulletins paroissiaux/J. Duc

  • Dernière modification : jeudi 21 novembre 2019.

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